Alpage

MOdzeni story
 
 

Nos meilleurs veaux                                                                                   le Couchant 2001

 


Sur le podium de nos fiertés nationales, le paysage suisse, verts pâturages et placides bovidés, détrône sans effort banques, neutralité (hem) et patients horlogers.

Mais on oublie souvent que cette parfaite image d’Epinal n’est pas l’œuvre brute de Mère Nature. Hommes et bêtes l’on façonnée au cours de siècles de défrichements, d’épierrements et de pastoralisme.

Tout là-haut, tout là-haut, bergers, vachers, gardes-génisses, moutonniers, s’acquittent encore de cette noble tâche afin que la carte postale garde ses belles couleurs, sa candeur.

Par le passé, les heureux élus gardiens de nos splendeurs étaient recrutés pour la plupart parmi les gosses de l’assistance ou rejetons rejetés de familles trop nombreuses, peu ou pas instruits. Ils montaient en mai pour ne redescendre qu’en septembre s’accommodant corps et âme de seré et de laitia, d’un lit de paille et de célibat.


Les temps ont changé , les vaches restent à garder.


Mis à part un farouche individualisme, aucun dénominateur commun ne saurait qualifier le berger d’aujourd’hui.

Dans les années 70, avec le «power flower», l’alpe s’est émaillée d’idéalistes plus ou moins illuminés en mal de «shangri-la». L’idéologie fanée, peu se sont enracinés. Mais l’image du barbu à sandales et de sa bergère au henné hante encore l’imaginaire collectif.

Aujourd’hui, provenance et motivations diffèrent et divergent. Issus de la ville ou des champs, convalescents du stress urbain, retraités désœuvrés, étudiants, pour une année ou dix ans ou la vie, pour accomplir un rêve d’enfant, par vocation, par amour ou pour avoir la paix. L’inventaire n’est pas exhaustif  et l’essentiel, c’ est qu’il y aie toujours quelqu’un pour garder les vaches.


Pourtant, l’agriculture de montagne chancelle, coûte plus qu’elle ne rapporte, des «montagnes» ne sont plus pâturées, de nombreux chalets ne sont plus habités. Les efforts sont concentrés sur les alpages à vaches, pour mettre aux normes les fromageries d’alpages et les grosses infrastructures, stations de traites automatisées.

Pour les alpages à génisses, on rafistole, on grapille. Stabulations, accès carrossables... Les vaches n’auront bientôt plus besoin de personne pour se garder et ce sera toujours la paie du berger d’économisée.


C’est début mai, entre hirondelles et martinets, qu’ils nous reviennent, les bergers.

«Alors t’as passé un bon hiver?»


A cette entrée en matière rituelle ne fait écho en général que peu d’enthousiasme.

D’octobre à mai, leur mode de vie semi-nomade s’accommode mal des contraintes du monde moderne. Allez trouver un employeur qui vous laisse filer au printemps et vous rembauche à l automne...

Et puis, la paie de l’alpage n’est plus convertible en tout un hiver de farniente sous des cieux exotiques.

Le plus souvent, ils donnent le change  en petits boulots saisonniers, improvisent et qu’importe...


...La saison est là!


« Modzeni Story» a fait l’objet d’un exposition en juillet 2002 à la galerie de l’Essor au Sentier en regard avec des images de René Meylan saisies dans les alpages de la région entre 1940 et 1950. Des sculptures d’Isabelle Debray y apportaient une note tridimensionnelle.

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©Anne-Lise Vullioud 2009